Les annonces de la semaine

Horaires de l'Adoration : tous les Jeudis de 15h à 18h. Messe à 18h
Adoration nocturne : le 1er jeudi du mois

Cours biblique

Cours biblique : lecture chrétienne de la Bible

 

« Comprends-tu ce que tu lis ? – Comment pourrais-je comprendre s’il n’y a personne pour me guider ? » (Ac 8,30-31) : tel est le dialogue entre le diacre Philippe et l’Éthiopien qui lisait l’Écriture assis sur son char. Ce sont les Actes des Apôtres qui nous décrivent cette scène. Vous avez souvent voulu lire la Bible, vous avez peut-être même commencé, mais vous vous êtes arrêtés, à cause de la difficulté et de l’ampleur de la tâche, surtout lorsqu’on lit seul. Comment comprendre tel passage obscur, comment l’interpréter, etc. ?

Nous vous proposons ce parcours dans le but de donner une connaissance détaillée, non seulement de la Bible (Ancien et Nouveau Testament), mais de la manière dont l’Église, depuis  le temps des Apôtres, a lu la Bible. Cette lecture indiquée dans l’Évangile et dans les lettres de Paul, de Pierre ou dans la lettre aux Hébreux, a été continuée de manière systématique, par les Pères de l’Église.

Cette lecture s’appuie sur un principe expliqué par Jésus aux disciples sur la route d’Emmaüs : « en partant de Moïse et de tous les prophètes, il leur expliqua, dans toute l’Écriture, ce qui le concernait » (Lc 24,27).

Ce principe de lecture de l’Écriture s’appelle typologie : Un ‘type est une figure de l’Ancien Testament (personnage ou événement) qui préfigure une réalité du Nouveau Testament, c’est-à-dire qui l’annonce et la prépare. Par exemple, la grande comparaison développée par saint Paul : le Christ est le Nouvel Adam. Ce qui était préfiguré en Adam est réalisé et dépassé dans le Christ. Toute la Bible a été commentée de cette manière par les chrétiens, parfois même jusqu’à l’excès. Malgré ces excès, cette lecture demeure essentielle pour saisir le dynamisme interne de la Bible et son unité, ainsi que la manière dont le christianisme se situe par rapport au judaïsme, et le Christ dans l’ensemble de la Révélation.

 

Tous les 15 jours, le lundi de 15h à 16h30 ou de 20h30 à 22h

au presbytère saint Désir – voir programme ci-dessous.

Programme

La première séance aura lieu dans la chapelle saint Désir. Il faut venir avec une Bible, bien sûr, et de quoi écrire. Ceux qui voudraient en profiter pour s’acheter une Bible choisiront de préférence, si cela est possible, la Bible Osty  ; mais toute autre traduction convient pourvu qu’il y ait, dans la Bible, les Livres appelés deutéro-canoniques (le Livre de la Sagesse, etc.). Un support de travail sera donné à chaque rencontre pour permettre de travailler seul ou à plusieurs, la semaine où il n’y a pas de cours.

 Renseignements : Presbytère St Désir - 02 31 62 11 48 (du mardi au samedi, de 10h à 12h)

 

4/10/2010

1. Présentation

Travail en groupe

18/10/2010

2. Une Parole transmise

Travail en groupe – Vacances de la Toussaint

8/11/2010

3. Panorama de l’Ancien Testament

Travail en groupe

22/11/2010

4. Panorama du Nouveau Testament

Travail en groupe

6/12/2010

5. Le premier Adam et le nouvel Adam

13/12/2010

6. La première Ève et la nouvelle Ève

Travail en groupe – Vacances de Noël

10/01/2011

7. Abraham

Travail en groupe

24/01/2011

8. Moïse

Travail en groupe

7/02/2011

9. Josué

Travail en groupe

21/02/2011

10. David

Travail en groupe – Vacances d’Hiver

14/03/2011

11. Exode

Travail en groupe

28/03/2011

12. Terre promise / conquise

Travail en groupe

4/04/2011

13. Terre promise / retirée – Exil

Travail en groupe

18/04/2011

14. Serviteur de Dieu – Passion

Travail en groupe – Vacances de Pâques

9/05/2011

15. Terre promise / donnée – Résurrection

Travail en groupe

23/05/2011

16. Manne

Travail en groupe

6/06/2011

17. Église

Travail en groupe

20/06/2011

18. Eschatologie

 

Lundi 11 octobre 2010 1 11 /10 /Oct /2010 16:52

Il y a un peu plus de quarante ans, et presque dix ans avant d’être nommé évêque par Paul VI, celui qui était alors prêtre et professeur de Théologie à Tübingen et ensuite à Ratisbonne, le Docteur Joseph Ratzinger, fit une série de conférences radiophoniques dans son pays. La maison d’édition Kösel-Verlag de Munich les réunit en 1970 et publia un livre de cinq chapitres sous le titre « Glaube und Zukunft » (Foi et avenir) traduit l’année suivante en espagnol (Fe y futuro). Grâce aux éditions Desclée de Brouwer, qui ont réédité « Fe y futuro », nous traduisons cet article de Humanitas, pour sa richesse et sa brûlante actualité, qui reproduit le cinquième chapitre de ce livre.

Le théologien n’est pas un devin. Il n’est pas non plus un futurologue qui, à partir de facteurs calculables dans le présent, fait des calculs sur le futur. Son travail échappe en grande partie au calcul ; tout au plus pourrait-il parvenir à être objet de la futurologie, qui n’est pas non plus divinatoire, mais qui se contente d’établir ce qui est calculable et doit laisser en suspens ce qui ne l’est pas. Puisque la foi et l’Église pénètrent jusque dans la profondeur de l’être humain, là d’où sort toujours du nouveau, créé, inattendu et non planifié, son avenir demeure caché pour nous, même à l’époque de la futurologie. Qui aurait osé prédire, à la mort de Pie XII, le Concile Vatican II ou l’évolution post-conciliaire ? Qui aurait pu prédire le Concile Vatican I quand Pie VI, séquestré par les troupes de la jeune République française, mourut prisonnier à Valence en 1799 ? Trois ans auparavant, un des dirigeants de cette république avait écrit : « Cette vieille idole sera détruite.  C’est ce que veulent la liberté et la philosophie... Il faut espérer que Pie VI vive encore deux ans pour donner à la philosophie le temps de compléter son œuvre et laisser ce lama d'Europe sans successeur ».[1] Et il semble bien qu’il en était ainsi au vu des oraisons funèbres de la papauté que l’on tenait déjà pour définitivement éteinte.

Soyons donc prudents avec les pronostics. Elle est encore vraie cette parole de St Augustin selon laquelle l’être humain est un abîme ; personne ne peut observer d’avance ce qui sort de cet abîme. Et quiconque croit que l’Église n’est pas seulement déterminée par cet abîme de l’être humain, mais qu’elle se fonde sur l’abîme infini de Dieu, possède des raisons plus que suffisantes pour s’abstenir de toute prédiction dont les réponses immédiates ne révèleraient qu’ignorance de l’histoire. Mais alors, le thème de notre entretien a-t-il un sens ? Il peut en avoir un si l’on est conscient de ses limites. Précisément en une période de violentes convulsions historiques au cours desquelles paraît s’évanouir tout ce qui existait jusqu’à ce moment, et apparaître qqch de complètement nouveau, l’être humain a besoin de réfléchir sur l’histoire, pour voir à sa juste mesure le présent, grossi de manière irréelle, et insérer de nouveau ce présent dans un déroulement qui jamais ne se répète, et qui ne perd non plus jamais son unité ni son contexte. Alors, vous pourriez dire : « Avons-nous bien entendu ? Réfléchir sur l’histoire ? Mais cela signifie diriger notre regard vers le passé, alors qu’en réalité nous voulions regarder l’avenir. » Oui, vous avez bien entendu, mais je pense que la réflexion sur l’histoire, si elle est bien comprise, contient les deux : un regard rétrospectif vers ce qui a précédé et, partant de là, la réflexion sur les possibilités et les tâches de l’avenir, qui ne peuvent être éclairées que si on embrasse du regard une portion plus grande du chemin et si on ne se referme pas ingénument sur le présent. Le regard rétrospectif ne permet pas de prédire l’avenir, mais limite l’illusion que ce qui se présente est comme complètement unique, et montre comment dans le passé il a existé quelque chose de comparable, même si ça n’était pas identique. L’incertitude dans ce que nous affirmons et la nouveauté de ce que nous avons à faire se fondent dans la différence entre alors et maintenant ; et dans la ressemblance se fonde la possibilité d’orienter et de corriger l’avenir.

Notre situation ecclésiale actuelle est comparable avant tout à la période du modernisme, à la fin du 19ème siècle et au début du 20ème et en second lieu à la fin du « Rococo », ouverture définitive de l’époque moderne avec les Lumières et la Révolution française. La crise du modernisme ne se réalisa pas complètement simplement parce qu’elle fut interrompue par les mesures prises par Pie X et par le changement de situation spirituelle après la première guerre mondiale ; la crise actuelle n’est que la reprise, différée pendant un long moment, de ce qui avait alors commencé. Il y a aussi l’analogie avec l’histoire de l’Église et de la théologie des Lumières. Celui qui l’analyse attentivement sera surpris par le degré de similitude entre ce qui s’est passé alors et ce qui se passe aujourd’hui. Les « Lumières », comme période historique, n’a pas aujourd’hui bonne réputation ; même celui qui suit ses traces prend ses distances avec le rationalisme de cette époque, excessivement simpliste, s’il prend la peine de se rappeler une histoire déjà connue. Nous pouvons déjà avoir ici une première analogie : le refus obstiné de l’histoire, qui n’a de valeur que comme débarras du passé, et ne peut donc être utile pour un aujourd’hui complètement nouveau ; la certitude, assurée de sa victoire, que maintenant on ne doit plus agir selon la tradition, mais seulement sur le mode rationnel ; l’utilisation généralisée de paroles comme rationnel, transparent, et autres du même genre. Tout cela se retrouve de manière surprenante alors et aujourd’hui. Mais bien avant tous ces faits, selon moi négatifs, il faudrait contempler cet étrange mélange de pétitions de principe et d’initiatives positives qui rapproche les tenants des Lumières d’alors et d’aujourd’hui, et qui déjà ne permet pas de considérer ce qui se passe aujourd’hui comme quelque chose de complètement nouveau et hors de comparaison.

Les Lumières ont eu leur mouvement liturgique, avec son intention de simplifier la liturgie, la réduisant à sa structure fondamentale et originaire ; il fallait éliminer les excès du culte des reliques et des saints, et surtout, introduire dans la liturgie la langue vernaculaire, et st, spécialement le chant populaire et la participation communautaire. Les Lumières ont eu leur mouvement épiscopal qui entendait souligner, en face d’une centralisation unilatérale de Rome, l’importance des évêques ; les Lumières ont eu leurs composantes démocratiques comme, par exemple, le cas du vicaire général de Constance, Wessenberg, qui exigeait des synodes diocésains et provinciaux démocratiques. Quand on lit ses œuvres, on a l’impression de rencontrer un progressiste de notre époque : il demande l’abolition du célibat, n’admet que les formules sacramentelles en langue vernaculaire, bénit des mariages mixtes sans rien exiger pour l’éducation des enfants, etc. Que Wessenberg se préoccupe de prêcher régulièrement et d’élever le niveau d’instruction religieuse, qu’il cherche à créer un mouvement biblique et beaucoup d’autres initiatives semblables, cela seul démontre une fois de plus que chez ces personnes, il n’y avait pas qu’un rationalisme aux vues étroites. Mais malgré cela, il demeure une figure contradictoire, parce que, en fin de compte, il ne se sert de la raison qui construit que comme du sécateur, qui peut faire de bonnes choses, mais qui n’est pas le seul outil d’un jardinier[2]. C’est une même impression d’incohérence que procure la lecture du synode de Pistoie, un concile des Lumières, auquel ont participé 234 évêques, qui fut célébré dans le nord de l’Italie en 1786 et qui essaya de transmettre les idées de réforme de ce temps dans la réalité ecclésiale, mais échoua – et ce n’est pas la raison la moins importante – à cause d’un mélange d’authentique réforme et de rationalisme naïf. De nouveau, le lecteur croit lire un livre postconciliaire quand il rencontre la thèse selon laquelle le ministère sacerdotal ne fut pas institué directement par le Christ, mais qu’il procède uniquement du sein de l’Église, laquelle est entièrement sacerdotale sans distinction aucune ; ou quand il entend qu’une messe sans communion n’a pas de sens, ou quand le primat du pape est décrit comme quelque chose de purement fonctionnel ou, inversement quand il met l’accent sur  l’épiscopat de droit divin[3]. Déjà en 1794 furent condamnées par Pie VI une grande partie des propositions de Pistoie ; le caractère unilatéral de ce synode a discrédité également ce qu’il pouvait contenir de positif.

Pour savoir où se rencontrent ou pas les éléments porteurs de l’avenir, il me semble que le plus instructif est de réfléchir sur les personnes et sur les groupes similaires d’une même époque. Nous ne pouvons que choisir, cela est bien clair, quelques types caractéristiques dans lesquels se fait apparente l’amplitude des possibilités d’alors, et en même temps et de nouveau, la stupéfiante analogie avec notre temps. En effet, il y avait les progressistes extrêmes, représentés par exemple, par la triste figure de l’archevêque parisien Gobel, qui emboîta vaillamment le pas du progrès de son temps : d’abord en faveur d’une Église nationale constitutionnelle ; ensuite comme si cela n’était pas déjà suffisant, il renonça sollennellement au sacerdoce, déclarant que, depuis l’heureux commencement de la Révolution, il n’y avait plus besoin d’un autre culte que celui de la liberté et de l’égalité. Il participa à l’adoration de la déesse Raison à Notre Dame, mais à la fin, le progrès l’a rattrapé : sous Robespierre, l’athéisme est redevenu soudain un délit et l’archevêque fut conduit à la guillottine comme athée, et exécuté[4].

En Allemagne, la situation se présenta plus tranquillement. Il y aurait juste à mentionner comme progressiste classique, par exemple, le directeur du Georgianum de Munich, Matthias Fingerlos. Dans son œuvre Wozu sind Geistliche da ? [Qu’y a-t-il de spirituel là dedans ?] il explique que le prêtre doit être avant tout un maître pour le peuple, qu’il doit enseigner au peuple l’agriculture, l’élevage, la culture des fruits, le paratonnerre, mais aussi la musique, et l’art – aujourd’hui on dirait : le prêtre doit être d’abord un travailleur social et se mettre au service d’une société rationnelle, purifiée de tout irrationnel[5] –. Au centre, comme progressiste modéré, on pourrait situer la figure du déjà mentionné vicaire général de Constance, Wessenberg, qui en aucune manière n’aurait accepté la réduction de la foi au travail social, mais qui, d’un autre côté, montrait peu de compréhension pour ce qui est organique, vivant, ce qui échappe aux pures constructions de la raison. Nous erncontrons un ordre de valeurs complètement différent dans la figure de l’évêque de Ratisbonne d’alors, Johann Michael Sailer. Il demeure difficile de le ranger sous une catégorie. Les catégories habituelles de progressisme et de conservatisme résistent devant lui, comme le montre déjà le cours de sa vie : en 1794, accusé de rationalisme, on lui retira le siège de Dillingen ; encore en 1819 sa nomination comme évêque d’Augsburg échoua, entre autres raisons à cause de l’opposition de Clemens Maria Hofbauer, plus tard canonisé, qui le considérait toujours comme rationaliste. D’un autre côté, déjà en 1806, son disciple Zimmer fut renvoyé de l’université de Landshut, avec l’accusation de réactionnaire ; dans cette université, on s’opposait à Sailer et à son cercle d’influence comme d’authentiques ennemis des Lumières : le même homme considéré toujours par Hofbauer comme rationaliste était tenu par les véritables partisans du rationalisme comme leur adversaire le plus dangereux[6].

Ils avaient raison. De cet homme et du large cercle de ses amis et disciples surgit un mouvement qui possédait en lui-même une postérité bien plus grande que l’arrogante présomption des rationalistes purs. Sailer était un homme ouvert à toutes les questions de son temps. L’antique école jésuite de Dillingen, dont le système bien structuré depuis longtemps ne pouvait pas laisser entrer la réalité, devait lui paraître insuffisante. Kant, Jacobi, Schelling et Pestalozzi sont ses interlocuteurs : pour lui la foi n’est pas liée à un système d’énoncés, et ne doit pas être maintenue moyennant la fuite vers l’irrationnel, mais doit subsister dans un contraste ouvert avec le présent. Mais le même Sailer connaissait la grande tradition théologique et mystique du Moyen Age avec une profondeur inaccoutumée à son époque, et c’est pourquoi il ne réduisait pas l’être humain au présent, mais il savait que seul celui qui s’ouvre avec un profond respect et attention à toute la richesse de son histoire peut pénétrer en lui-même. Et surtout, Sailer ne faisait pas que penser, il vivait ce qu’il pensait. Il recherchait une théologie du cœur, non pas comme un sentimentalisme bon marché, mais parce qu’il considérait comme important l’être humain complet, qui parvient à l’unité à cause de la compénétration de l’esprit et du corps, des profondeurs cachées du sentiment et de la clarté visible de l’entendement. « On ne voit bien qu’avec le cœur » disait Antoine de Saint-Exupéry. En comparant le progressisme sans vie de Matthias Fingerlos avec la richesse et la profondeur de Sailer, on peut toucher du doigt à quel point cela est vrai. On ne voit bien qu’avec le cœur : Sailer avait une vue profonde parce qu’il avait du cœur. De lui pouvait surgir quelque chose de neuf, porteur d’avenir, parce qu’il vivait de ce qui est permanent et qu’il mettait au service de cette fin sa vie et son être propre. Avec lui nous sommes parvenus au point décisif : seul celui qui se considère lui-même crée de l’avenir. Celui qui ne veut qu’enseigner, qui ne veut que changer les autres, demeure stérile.

Ainsi nous sommes parvenus à cet autre homme qui fut l’adversaire aussi bien de Sailer que de Wessenberg : Clemens Maria Hofbauer, le boulanger bohémien qui fut canonisé[7]. Certainement cet homme était, par certains aspects, étroit de vue et même un peu réactionnaire. Mais c’était un homme qui aimait, qui se mettait au service des autres avec passion. D’un côté, appartenaient à son cercle d’amis des hommes comme Schlegel, Brentano, Eichendorff ; d’un autre côté, il était inconditionnellement à la disposition des plus pauvres et abandonnés, sans se réserver rien pour lui-même, disposé même à assumer quelque offense pour pouvoir aider les autres. De cette manière, les autres pouvaient découvrir de nouveau Dieu à travers lui, comme lui-même, à partir de Dieu, avait découvert les autres, et savait qu’ils avaient besoin de bien plus que d’instruction ou d’apprendre l’élevage ou la culture des fruits. En réalité, la foi de ce pauvre boulanger finit par être plus humaniste et raisonnable que la rationalité académique des rationalistes purs. De fait, ce qui a survécu et ce qui a surgi dans l’avenir, des ruines du 18ème siècle, fut quelque chose de complètement différent de ce qu’avaient supposé Gobel ou Fingerlos : ce fut une Église qui était devenue plus petite, qui avait perdu une splendeur sociale, mais qui en même temps était devenue plus féconde à cause de sa nouvelle force intérieure et qui, à travers de grands mouvements de laïcs et de nombreuses et nouvelles fondations religieuses, depuis le milieu du 19ème siècle, procura de nouvelles forces pour la formation et la réalité sociale, à tel point qu’il n’est pas possible d’imaginer notre histoire récente sans elles.

Ainsi nous sommes arrivés à notre présent et à la réflexion sur l’avenir. L’avenir de l’Église ne peut venir et ne viendra aujourd’hui que de la force de ceux qui ont des racines profondes et vivent de la pure plénitude de leur foi. L’avenir ne viendra pas de ceux qui donnent seulement des recettes. Il ne viendra pas de ceux qui ne font que s’adapter au temps présent. Il ne viendra pas de ceux qui se contentent de critiquer les autres et se considèrent eux-mêmes comme d’infaillibles donneurs de leçons. Il ne viendra pas non plus de ceux qui ne choisissent que le chemin le plus facile, de ceux qui évitent la passion et qui déclarent faux et dépassé, tyrannique et légaliste, tout ce qui est exigeant pour l’être humain, ce qui fait souffrir et l’oblige à renoncer à lui-même. Disons-le de manière positive : l’avenir de l’Église, aujourd’hui comme toujours, sera de nouveau marqué par l’empreinte des saints. Et par conséquent, par des êtres humains qui perçoivent mieux que les phrases qui sont précisément modernes.

Par ceux qui peuvent voir plus que les autres, parce que leur vie comprend des espaces plus larges. La gratuité qui libère ne s’obtient qu’avec la patience des petits renoncements quotidiens à soi-même. Dans cette passion quotidienne, la seule qui permet à l’être humain d’expérimenter de combien de manières différentes son propre moi l’entrave, dans cette passion quotidienne et seulement en elle, s’ouvre l’être humain petit à petit. Lui seul voit, dans la mesure de ce qu’il a vécu et souffert. Si aujourd’hui nous pouvons encore à peine percevoir Dieu, on le doit au fait qu’il nous est très facile de nous éviter nous-mêmes, de fuir la profondeur de notre existence, anesthésiés que nous sommes par la recherche du confort. Ainsi ce qui est le plus profond en nous demeure sans être exploré. S’il est vrai qu’on ne voit bien qu’avec le cœur, quels aveugles nous sommes tous ![8]

Que signifie ceci pour notre thème ? Cela signifie que les grandes paroles de ceux qui prophétisent une Église sans Dieu et sans foi sont des paroles vides. Nous n’avons pas besoin d’une Église qui célèbre le culte de l’action dans des « prières » politiques. C’est complètement superflu et pour cette raison cela disparaîtra de soi-même. Demeurera l’Église de Jésus Christ, l’Église qui croit dans le Dieu qui s’est fait être humain et qui nous promet la vie au-delà de la mort. De la même manière, le prêtre qui serait un fonctionnaire social peut être remplacé par des psychothérapeutes et autres spécialistes. Mais demeurera encore nécessaire le prêtre qui n’est pas un spécialiste, qui ne se tient pas en retrait lorsqu’il conseille dans l’exercice de son ministère, mais qui, au nom de Dieu, se tient à la disposition des autres et se consacre à eux dans leur tristesse, leur joie, leurs espérances et leurs angoisses.

Avançons d’une pas. Encore une fois, de la crise d’aujourd’hui surgira demain une Église qui aura beaucoup perdu. Elle sera devenue petite, elle aura à tout recommencer depuis le début. Elle ne pourra plus remplir bcp des édifices construits dans une conjoncture plus favorable. Elle perdra des adeptes, et avec eux beaucoup de ses privilèges dans la société. Elle se présentera d’une manière beaucoup plus intense que jusqu’à maintenant, comme la communauté du libre vouloir, à laquelle on ne peut accéder qu’à travers une décision. Comme petite communauté, elle demandera avec beaucoup plus de force à chacun de ses membres des initiatives. Certainement elle connaîtra aussi de nouvelles formes de ministère et ordonnera prêtres des chrétiens éprouvés qui continueront à exercer leur profession : dans beaucoup de communautés plus petites et dans des groupes sociaux homogènes, la pastorale s’exercera normalement de cette manière. À côté de ces formes, demeurera indispensable le prêtre consacré entièrement à l’exercice de son ministère comme jusqu’à maintenant. Mais dans ces changements qu’on peut supposer, l’Église rencontrera de nouveau et avec toute sa détermination, ce qui est essentiel pour elle, ce qui a toujours été son centre : la foi dans le Dieu trinitaire, en Jésus Christ, le Fils de Dieu fait homme, l’aide de l’Esprit Saint qui durera jusqu’à la fin. L’Église reconnaîtra de nouveau dans la foi et la prière son vrai centre et elle expérimentera de nouveau les sacrements comme célébration et non comme un problème de structure liturgique.

Ce sera une Église intériorisée, qui s’aspirera pas à un rôle politique et ne flirtera ni avec la gauche ni avec la droite. Cela sera difficile. En effet, le processus de cristallisation et la clarification lui coûtera aussi de précieuses forces. Elle deviendra pauvre, une Église des petits. Le processus sera encore plus difficile parce qu’elle devra éliminer aussi bien l’étroitesse de vue de type sectaire que le volontariat généreux. On peut prédire que tout cela demandera du temps. Le processus sera large et laborieux, comparable à ce chemin qui a conduit des faux progressismes, à la veille de la Révolution française – quand même parmi les évêques il était de mode de ridiculiser les dogmes et si souvent même de prétendre que l’existence de Dieu était tout sauf sûre[9] – jusqu’au renouveau du 19ème siècle. Mais après l’épreuve de ces divisions surgira, d’une Église intériorisée et simplifiée, une grande force, parce que les êtres humains seront indiciblement seuls dans un monde entièrement planifié. Ils expérimenteront, quand Dieu aura complètement disparu pour eux, leur absolue et horrible pauvreté. Et alors ils découvriront la petite communauté des croyants comme quelque chose de totalement nouveau. Christ une espérance importante pour eux, comme une réponse qu’ils ont longtemps cherchée à tâtons. Il me paraît certain, à moi, que l’Église doit s’attendre à des temps bien difficiles. Sa véritable crise a aujourd’hui à peine commencé. Il faut compter sur de fortes secousses. Mais je suis aussi totalement certain de ce qui demeurera à la fin : non l’Église d’un culte politique, qui a déjà échoué avec Gobel, mais bien l’Église de la foi. Certainement elle ne sera plus jamais la force dominante dans la société, dans la mesure où elle l’a été jusqu’il y a peu. Mais elle fleurira de nouveau et se fera visible pour les êtres humains comme la patrie qui leur donne vie et espérance au-delà de la mort.



[1]Cité dans F.X. Seppelt – G. Schwaiger, Geschichte der Päpste, Kösel, München 1964, pp. 367-368. Cf. aussi l’exposition que l’on trouve dans L.J. Rogier – G. de Bertier de Sauvigny, Geschichte der Kirche IV, Benziger, Einsiedeln 1966, pp. 177ss. G. de Bertier de Sauvigny résume la situation à la fin de la période concernée par l’illustration : « en bref : si au début du 19ème siècle, le christianisme avait encore quelques chances de subsister, les Églises issues de la Réforme en avaient davantage que l’Église catholique, frappée à la tête en ses membres » (p. 181).

[2]Cf. l’article instructif sur Wessenberg de l’archevêque C. Gröber dans la première édition du LThK X, col. 835-839 ; LThK2 X, col. 1064ss (W. Müller). K. Aland a commencé l’édition des œuvres de Wessenberg.

[3]Cf. les textes dans le Denzinger-Schönmetzer 2600-2700, specialement 2602, 2603, 2606, 2628 (texte latin et français dans Heinrich Denzinger – Peter Hünermann, Symboles et définitions de la foi catholique, Paris, Cerf, 1996, pp. 594-626). Cf. L. Willaert, «Synode von Pistoia», dans LThK2 VIII, col. 524-525.

[4]Cf. L.J. Rogier, Geschichte der Kirche IV, op. cit., pp. 133ss.

[5]A. Schmid, Geschichte des Georgianums in München, Pustet, Regensburg 1894, pp. 228ss.

[6]Sur Sailer, cf. spécialement I. Weilner, Gottselige Innigkeit. Die Grundhaltung der religiösen Seele nach J.M. Sailer, Pustet, Regensburg 1949; Id., «J.M. Sailer, Christliche Innerlichkeit», dans J. Sudbrack – J. Walsh [eds.] Grosse Gestalten christlicher Spiritualität, Echter, Würzburg 1969, pp. 322-342. Sur P.B. Zimmer, cf. la thèse doctorale défendue à Tübingen par P. Schäfer, Philosophie und Theologie im Übergang von der Aufklärung zur Romantik, Vandenhoeck & Ruprecht, Göttingen 1971.

[7]Cf. H. Gollowitzer, «Drei Bäckerjungen»: Catholica 23 (1969), pp. 147-153.

[8]Sur cette question, cf. les extraordinaires considérations de H. de Lubac, «Der Heilige von morgen», dans Geheimnis aus dem wir leben, Benziger, Einsiedeln 1967, pp. 155-162; Id., «L’Église dans la crise actuelle»: Nouvelle Revue théol. 91 (1969), pp. 580-596, spécialement pp. 592ss.

[9]Cf. L.J. Rogier, op. cit., p. 121.

Par Olivier Rolland - Publié dans : Textes de grands auteurs
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Lundi 20 septembre 2010 1 20 /09 /Sep /2010 08:04

Chers frères dans l’épiscopat, 

chers frères et sœurs,

Au début de notre synode, la Liturgie des Heures nous propose un extrait de l’important Psaume 118 sur la Parole de Dieu:  un éloge de sa Parole, expression de la joie d’Israël de pouvoir la connaître et, à travers elle, de pouvoir connaître sa volonté et son visage. Je voudrais méditer avec vous certains des versets de cet extrait du Psaume. [le texte est à la fin de l'article]

Il début ainsi:  "In aeternum, Domine, verbum tuum constitutum est in caelo... firmasti terram, et permanet". Il parle de la solidité de la Parole. Elle est solide, elle est la vraie réalité sur laquelle fonder notre propre vie. Rappelons-nous la parole de Jésus qui continue cette parole du Psaume:  "Le ciel et la terre passeront, mais mes paroles ne passeront point". Humainement parlant, la parole, notre parole humaine, n’est presque rien dans la réalité, à peine un souffle. A peine prononcée, elle disparaît. Comme si elle n’était rien. Mais la parole humaine a déjà une force incroyable. Ce sont les mots qui créent ensuite l’histoire, ce sont les mots qui donnent forme aux pensées, les pensées desquelles viennent la parole. C’est la parole qui forme l’histoire, la réalité.

La Parole de Dieu est davantage encore le fondement de tout, elle est la véritable réalité. Et pour être réalistes, nous devons justement compter sur cette réalité. Nous devons changer notre idée que la matière, les choses solides, qu’on peut toucher, seraient la réalité la plus solide, la plus sûre. A la fin du Sermon sur la Montagne, le Seigneur nous parle des deux possibilités de bâtir la maison de sa vie:  sur le sable et sur la roche. Sur le sable ne bâtit que celui qui bâtit sur les choses visibles, tangibles, sur le succès, sur la carrière, sur l’argent. Telles sont apparemment les vraies réalités. Mais tout cela, un jour, disparaîtra. Nous le voyons aujourd’hui dans la faillite des grandes banques:  cet argent disparaît, il n’est rien. Aussi toutes ces choses, qui semblent être la véritable réalité sur laquelle compter, ne sont qu’une réalité de deuxième ordre. Celui qui bâtit sa vie sur ces réalités, sur la matière, sur le succès, sur tout ce qui apparaît, bâtit sur du sable. Seule la Parole de Dieu est le fondement de toute la réalité, elle est aussi stable que le ciel, plus stable que le ciel, elle est la réalité. Nous devons donc changer notre concept de réalisme. La personne réaliste est celle qui reconnaît dans la Parole de Dieu, dans cette réalité apparemment si faible, le fondement de tout. La personne réaliste est celle qui bâtit sa vie sur ce fondement qui reste en permanence. C’est ainsi que ces premiers versets du Psaume nous invitent à découvrir ce qu’est la réalité et à trouver de cette manière le fondement de notre vie, et comment construire la vie.

Il est dit dans le verset suivant:  "Omnia serviunt tibi". Toutes les choses proviennent de la Parole, elles sont un produit de la Parole. "Au commencement était le Verbe". Au début le ciel parla. C’est ainsi que la réalité naît de la Parole, elle est "creatura Verbi". Tout est créé de la Parole et tout est appelé à servir la Parole. Cela veut dire que toute la création, à la fin, est pensée pour créer le lieu de la rencontre entre Dieu et sa créature, un lieu où l’amour de la créature répond à l’amour divin, un lieu dans lequel se développe l’histoire de l’amour entre Dieu et sa créature. "Omnia serviunt tibi" L’histoire du salut n’est pas un événement mineur, dans une planète pauvre, dans l’immensité de l’univers. Elle n’est pas une chose minime, qui advient par hasard sur une planète perdue. Elle est le mobile de tout, la raison de la création. Tout est créé pour qu’advienne cette histoire, la rencontre entre Dieu et sa créature. En ce sens, l’histoire du salut, l’alliance, précède la création. A l’époque hellénistique, le judaïsme a développé l’idée que la Torah aurait précédé la création du monde matériel. Ce monde matériel n’aurait été créé que pour donner lieu à la Torah, à cette Parole de Dieu qui crée la réponse et devient histoire d’amour. C’est ici que transparaît déjà mystérieusement le mystère du Christ. C’est ce que nous disent les Lettres aux Ephésiens et aux Colossiens:  le Christ est le protótypos, le premier né de la création, l’idée pour laquelle a été conçu l’univers. Il accueille tout. Nous entrons dans le mouvement de l’univers en nous unissant au Christ. On peut dire que, alors que la création matérielle est la condition pour l’histoire du salut, l’histoire de l’alliance est la vraie raison du cosmos. Nous arrivons aux racines de l’être en arrivant au mystère du Christ, à sa parole vivante qui est le but de toute la création. "Omnia serviunt tibi". En servant le Seigneur nous réalisons le but de l’être, le but de notre propre existence.

Faisons à présent un saut:  "Mandata tua exquisivi". Nous sommes toujours à la recherche de la Parole de Dieu. Elle n’est pas simplement présente en nous. Si nous nous arrêtons à la lettre, nous n’avons pas nécessairement compris réellement la Parole de Dieu. Nous risquons de ne voir que les paroles humaines et de ne pas trouver en leur sein le véritable acteur, l’Esprit Saint. Nous ne trouvons pas dans les paroles la Parole. Saint Augustin, dans ce contexte, nous rappelle les scribes et les pharisiens consultés par Hérode au moment de l’arrivée des Mages. Hérode veut savoir où serait né le Sauveur du monde. Ils le savent et donnent la réponse juste:  à Bethléem. Ce sont de grands spécialistes, qui connaissent tout. Et cependant, ils ne voient pas la réalité, ils ne connaissent pas le Sauveur. Saint Augustin dit:  ils sont des indicateurs de direction pour les autres, mais eux-mêmes ne se déplacent pas. Ceci est également un grand danger dans notre lecture de l’Ecriture:  nous nous arrêtons aux paroles humaines, aux paroles du passé, à l’histoire du passé, et nous ne découvrons pas le présent dans le passé, l’Esprit Saint qui nous parle aujourd’hui à travers les mots du passé. Nous n’entrons pas ainsi dans le mouvement intérieur de la Parole, qui en mots humains nous cache et nous ouvre les paroles divines. Aussi a-t-on toujours besoin de l’"exquisivi". Nous devons être à la recherche de la Parole dans les paroles.

L’exégèse, la vraie lecture de l’Ecriture Sainte, n’est donc pas seulement un phénomène littéraire, n’est pas la simple lecture d’un texte. C’est le mouvement de mon existence. C’est se déplacer vers la Parole de Dieu dans les paroles humaines. Ce n’est qu’en nous conformant au mystère de Dieu, au Seigneur qui est la Parole, que nous pouvons entrer à l’intérieur de la Parole, que nous pouvons vraiment trouver dans les paroles humaines la Parole de Dieu. Prions le Seigneur pour qu’il nous aide à chercher non seulement avec l’intellect, mais avec toute notre existence, pour trouver la parole.

A la fin:  "Omni consummationi vidi finem, latum praeceptum tuum nimis".Toutes les choses humaines, toutes les choses que nous pouvons inventer, créer, sont finies. Toutes les expériences religieuses humaines aussi sont finies, montrent un aspect de la réalité, parce que notre être est fini et ne comprend toujours qu’une partie, que certains éléments:  "latum praeceptum tuum nimis" Seul Dieu est infini. Aussi sa Parole est-elle universelle et ne connaît-elle pas de frontières. En entrant donc dans la Parole de Dieu, nous entrons réellement dans l’univers divin. Nous sortons de l’étroitesse de nos expériences et entrons dans la réalité qui est vraiment universelle. En entrant dans la communion avec la Parole de Dieu, nous entrons dans la communion de l’Eglise qui vit la Parole de Dieu. Nous n’entrons pas dans un petit groupe, dans la règle d’un petit groupe, mais nous sortons de nos limites. Nous sortons vers le large, dans la vraie largeur de l’unique vérité, la grande vérité de Dieu. Nous sommes réellement dans l’universel. Et nous sortons ainsi dans la communion de tous nos frères et sœurs, de toute l’humanité, parce que dans notre cœur se cache le désir de la Parole de Dieu qui est une. Aussi l’évangélisation, l’annonce de l’Evangile, la mission ne sont-elles pas une espèce de colonialisme ecclésial, par lequel nous voulons insérer les autres dans notre groupe. C’est sortir des limites de chaque culture dans l’universalité qui nous relie tous, nous unit tous, nous fait tous frères. Prions de nouveau afin que le Seigneur nous aide à entrer réellement dans la "largeur" de sa Parole et nous ouvre ainsi à l’horizon universel de l’humanité qui nous unit avec toutes les différences.

Enfin, retournons de nouveau à un précédent verset:  "Tuus sum ego:  salvum me fac". Le texte italien traduit:  "Je suis tien". La Parole de Dieu est comme une échelle sur laquelle nous pouvons monter et, avec le Christ, également descendre dans la profondeur de son amour. C’est une échelle pour arriver à la Parole dans les paroles. "Je suis tien". La parole a un visage, est une personne, le Christ. Avant que nous puissions dire "Je suis tien", il nous a déjà dit "Je suis tien". La Lettre aux Hébreux, citant le Psaume 39, dit:  "Mais tu m’as façonné un corps (...) Alors j’ai dit:  Voici, je viens". Le Seigneur s’est fait façonner un corps pour venir. Il a dit par son incarnation:  je suis tien. Et dans le baptême, il m’a dit:  je suis tien. Dans la sainte Eucharistie, il le dit toujours de nouveau:  je suis tien, afin que nous puissions répondre:  Seigneur, je suis tien. Dans le chemin de la Parole, en entrant dans le mystère de son incarnation, de son être avec nous, nous voulons nous approprier son être, nous voulons nous exproprier de notre existence, en Lui donnant ce qui nous a été donné. 
"Je suis tien". Prions le Seigneur de pouvoir apprendre par toute notre existence à dire cette parole. Ainsi serons-nous au cœur de la Parole. Ainsi serons-nous sauvés.

 

6 octobre 2008

 © Copyright 2008 - Libreria Editrice Vaticana

 

 

Ps 118,89-96 : texte latin (cité par le pape) et sa traduction liturgique française

 

89 In aeternum, Domine,

verbum tuum constitutum est in caelo.

Pour toujours, ta parole, Seigneur,

se dresse dans les cieux.

90 In generationem et generationem veritas tua;

firmasti terram, et permanet.

Ta fidélité demeure d’âge en âge,

la terre que tu fixas tient bon.

91 Secundum iudicia tua permanent hodie,

quoniam omnia serviunt tibi.

Jusqu’à ce jour le monde tient par tes décisions :

toute chose est ta servante.

92 Nisi quod lex tua delectatio mea est,

tunc forte periissem in humilia tione mea.

Si je n’avais mon plaisir dans ta loi,

je périrais de misère.

93 In aeternum non obliviscar man data tua,

quia in ipsis vivificasti me.

Jamais je n’oublierai tes préceptes :

par eux tu me fais vivre.

94 Tuus sum ego: salvum me fac,

quoniam mandata tua exqui sivi.

Je suis à toi : sauve-moi,

car je cherche tes préceptes.

95 Me exspectaverunt peccatores, ut perderent me;

testimonia tua intellexi.

Des impies escomptent ma perte :

moi, je réfléchis à tes exigences.

96 Omni consummationi vidi finem,

latum praeceptum tuum nimis.

De toute perfection j’ai vu la limite ;

tes volontés sont d’une ampleur infinie.

Par Olivier Rolland - Publié dans : Textes officiels de l'Eglise
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Mardi 7 septembre 2010 2 07 /09 /Sep /2010 15:25

A. M. D. G. et in hon. B. V. M. et St J.

 

Bootle, 20 août 1881, Fête de Saint Bernard.

 

Mon cher Révérend Père,

Au nom de Jésus et de Marie et par obéissance, j’écris sur cette gloire, etc., que Notre-Seigneur m’a Montrée touchant sa Mère toujours Vierge Immaculée.

O mon Père, comment puis-je parler de ce que les Chérubins et les Séraphins ne peuvent comprendre ? Et il me semble que ce ne sont que les rayons (du soleil pour ainsi dire) de sa gloire qu’ils connaissent, et pourtant ils sont abîmés dans la crainte, l’étonnement, l’admiration et l’amour devant l’excessive puissance, majesté et beauté dont l’adorable Trinité a revêtu leur Reine. Autant les cieux sont au-dessus de la terre, autant la gloire et la majesté de Marie sont au-dessus des créatures de Dieu les plus élevées, et leur charme s’évanouit presque dans le néant à côté d’elle. Car, à l’instant même de son Immaculée Conception, elle surpassa de beaucoup les Chérubins et les Séraphins en science, en amour et en toute perfection; chacune de ses respirations, chaque mouvement et chaque action de sa vie et de tout son être était un hommage presque infini d’adoration, de science et d’amour très profonds. Chaque battement de son cœur était un acte d’une perfection incommensurable en hauteur et en profondeur ; et tout l’amour et la perfection de tous les Anges et Saints réunis ensemble n’atteindraient pas la perfection de Marie au moment de sa naissance.

A plusieurs reprises, je l’ai vue sous différents titres : comme Reine des Anges, Reine des Martyrs, Reine des Vierges, Reine de tous les Saints, comme Mère virginale du Roi des rois, comme notre très puissante Avocate et Consolatrice des affligés. Chaque titre renferme un monde de gloire qui lui est propre et bien au delà de toutes les descriptions que je pourrais faire. Mais s’il semble qu’aucune langue angélique ou humaine ne puisse exprimer ni aucun esprit concevoir la gloire que Dieu a préparée pour nous, pauvres créatures misérables qui nous efforçons de L’aimer, que doit-on dire de la gloire de Celle qui est couronnée et parée par le Père Éternel comme sa Fille, par le Fils Coétemel comme sa Mère et par le Saint-Esprit comme son Épouse?

O Tabernacle de l’Adorable Trinité, vous êtes si intimement unie à Dieu que nous ne pouvons descendre dans les profondeurs cachées de vos douleurs, car quelle douleur est semblable à la vôtre ? La vôtre se perdait dans l’éternité de Dieu, elle était comme un océan sans bornes, car Dieu était son centre, sa cause et sa fin. De même, maintenant que votre douleur est changée en joie, qui peut dire la gloire, la puissance et la beauté qui sont vôtres, car vous êtes revêtue de la majesté et de la splendeur du Dieu Un en trois Personnes ; et tout grand, et tout riche, et tout-puissant que soit Dieu, Il ne pourrait vous donner rien de plus qu’Il ne l’a fait. Vous êtes au-dessus de toutes les autres créatures et la première après le Roi, revêtue d’une robe d’or, ornée de pierres précieuses étincelantes ; vous brillez dans l’éclat de la lumière éternelle, et la splendeur de sa Face est sur vous. Vous êtes bien au-dessus des chœurs des Anges, car vous êtes leur Reine et la Reine de tous les Saints ; vous êtes la Maîtresse des Apôtres et la Reine des Prophètes, car quelle connaissance de Dieu approche de la vôtre ? Vous êtes Reine des Vierges, ô Vierge Mère de notre Rédempteur, et vous êtes notre Mère ; Dieu a déposé en vous ses trésors, et Il accordera quoi que ce soit que vous désiriez.

Oh ! le Psalmiste peut bien s’écrier dans un étonnement plein d’admiration : « Qui est celle qui vient du désert chargée de délices et appuyée sur son Bien-aimé ? » Car vous êtes la Vigne féconde ployant sous le poids de ses raisins plantureux. Vous êtes le Lis dans lequel Dieu se complaît et la Rose mystique dont le parfum Le réjouit. Vous êtes la Prunelle de son œil, les Prémices de sa Rédemption, le Cèdre avec lequel Il a bâti son Temple vivant. N’est-elle pas le grand rocher dans le creux duquel Il a fait son nid, et le Jardin dans lequel Il aime à se reposer ? N’est-elle pas la Terre où coulent le lait et le miel, et l’Arche de l’alliance de Dieu avec l’homme, même dès le Jardin du Paradis ? Vous êtes le bon Arbre dont le fruit est Jésus. Vous êtes certainement le Rayon de miel de Samson ; vous êtes une Forteresse en face de l’ennemi, car vos fondements sont dans la hauteur de la montagne, vos murs sont de fer et vos portes de diamant, d’or et de perles ; vous êtes en vérité la Cité de Dieu, dans laquelle Il tient sa Cour. Vous êtes la Dispensatrice de ses grâces ; vous êtes son Don suprême sur la Croix.

O Trinité adorable, je Vous rends d’éternelles actions de grâces pour tout ce que Vous avez fait en Marie et pour Marie ! O Jésus, mon bien-Aimé Jésus, je Vous remercie bien plus que je ne puis dire d’avoir fait votre Mère la mienne. Accordez-nous de Vous louer et de Vous bénir avec les Anges et les Saints pendant toute l’éternité et de contempler cette ravissante et si aimable figure si pleine de gloire, si pleine de grâce.

Notre-Dame m’a été représentée dans son corps glorifié, non que j’aie pu constater son apparition précise ; j’ai simplement connu ou compris qu’elle était là en personne. J’ai éprouvé un tel amour, une telle admiration et un tel étonnement devant l’immensité de sa gloire et de sa science, de  sa sagesse et de son amour que je ne pourrais, si je le désirais, la dépeindre ou faire un tableau d’elle en sa forme corporelle. Ce qui a fait le plus d’impression dans mon âme, c’est sa sagesse et sa science, et par conséquent son amour pour Dieu et la bonté de Dieu envers elle. J’ai senti que Jésus est très fier de l’ouvrage de ses mains et j’ai connu quelque chose de cette gloire qu’elle rend à l’adorable Trinité qui l’aime tant et qu’elle aime tant.

 

Par Olivier Rolland - Publié dans : Textes de grands auteurs
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Lundi 9 août 2010 1 09 /08 /Août /2010 11:06

 Nous vous avons donné chaque jour des instructions morales, tandis qu'on lisait soit l'histoire des patriarches, soit les maximes des Proverbes, afin que formés et instruits par là, vous vous accoutumiez à entrer dans la voie de nos ancêtres, à suivre leur chemin et à obéir aux oracles de Dieu et qu'ainsi, une fois renouvelés par le baptême, vous meniez le genre de vie qui convient à ceux qui ont été purifiés.

A présent les circonstances nous invitent à parler des mystères et à vous donner l'explication même des sacrements. Si nous avions pensé y faire allusion avant le baptême, alors que vous n'étiez pas encore initiés, on aurait estimé que c'était de notre part commettre une trahison plutôt qu'enseigner une tradition. D'ailleurs la lumière des mystères pénètre mieux chez ceux qui ne s'y attendent pas que si une explication quelconque les avait précédés.

Ouvrez donc les oreilles et aspirez la bonne odeur de vie éternelle répandue sur vous par le don des sacrements. C'est ce que nous avons marqué quand nous disions, en célébrant les mystères de l'ouverture : « Efféta, c'est-à-dire, ouvre-toi », pour que tous ceux qui allaient venir à la grâce sachent ce qu'on leur demanderait et se souviennent de ce qu'ils auraient à répondre.

C'est ce mystère qu'a célébré le Christ dans l'évangile, comme nous le lisons, quand il guérit le sourd et muet. Mais il lui toucha la bouche parce qu'il guérissait un muet et un homme : d'une part, il voulait lui ouvrir la bouche au son de la parole qu'il y mettait, et, d'autre part, cet attouchement convenait pour un homme, il ne convenait pas pour une femme.

Après cela on t'a ouvert le Saint des saints, tu es entré dans le sanctuaire de la régénération. Rappelle-toi ce qu'on t'a demandé, souviens-toi de ce que tu as répondu : tu as renoncé au diable et à ses œuvres, au monde, à son faste et à ses plaisirs. Ta parole est gardée non dans un tombeau de morts, mais dans le livre des vivants.

Tu as vu là le lévite, tu as vu le prêtre, tu as vu le grand-prêtre. Ne considère pas leur aspect extérieur, mais la grâce de leur ministère. C'est en présence d'anges que tu as parlé, comme il est écrit : « Les lèvres du prêtre sont gardiennes de la science et c'est de sa bouche qu'on réclame la Loi, car il est l'ange du Seigneur tout-puissant ». Il n'y a pas d'erreur, il n'y a pas à le nier, c'est l'ange qui annonce le règne du Christ et la vie éternelle. Tu ne dois pas l'estimer d'après son apparence, mais d'après sa fonction. Considère ce qu'il t'a transmis, apprécie sa fonction, reconnais sa dignité.

Entré donc pour rencontrer ton ennemi à qui tu as pensé qu'il fallait résister en face, tu te tournes vers l'Orient, car qui renonce au diable se tourne vers le Christ, il le regarde bien en face. Qu'as-tu vu ? De l'eau, oui, mais pas seulement cela : les lévites qui faisaient là leur service, le grand prêtre qui interrogeait et qui consacrait. Tout d'abord l'apôtre t'a appris qu'il ne faut pas regarder ce qu'on voit, mais ce qu'on ne voit pas, car ce qu'on voit est temporel, tandis que ce qu'on ne voit pas est éternel.

Tu trouves encore ailleurs : « Les choses invisibles de Dieu, depuis la création du monde, sont comprises au moyen de ce qui a été fait. Sa puissance éternelle aussi et sa divinité sont estimées d'après ses œuvres ». Aussi le Seigneur lui-même dit-il : « Si vous ne me croyez pas, croyez du moins mes œuvres ». Crois donc qu'il y a là la présence de la divinité. Tu crois à son action, tu ne crois pas à sa présence ? D'où viendrait alors l'action, si la présence ne la précédait ?

Considère cependant comme il est vieux ce mystère figuré d'avance à l'origine même du monde. Au commencement, quand Dieu fit le ciel et la terre, l'Esprit, dit-on, planait sur les eaux. Lui qui planait sur les eaux, n'agissait-il pas sur les eaux ? Que dirai-je ? Il agissait. Quant à la présence, il planait. N'agissait-il pas celui qui planait ? Sache qu'il agissait lors de cette création du monde, puisque le prophète te dit : « Par la parole du Seigneur les cieux ont été établis et toute leur puissance par le souffle de sa bouche ». Les deux choses s'appuient sur un témoignage prophétique : il planait et il agissait. Qu'il planait, Moïse le dit, qu'il agissait, David en est témoin.

Voici un autre témoignage. Toute chair avait été corrompue à cause de ses iniquités. « Mon Esprit, dit Dieu, ne restera pas dans les hommes, parce qu'ils sont chair ». Dieu montre par là que l'impureté de la chair et la souillure d'une faute assez grave détournent la grâce spirituelle. Aussi Dieu, voulant remplacer ce qui manquait, fit le déluge et ordonna au juste Noé de monter, dans l'arche. Celui-ci, quand le déluge se retirait, lâcha tout d'abord un corbeau qui ne revint pas. Puis il lâcha une colombe qui, lit-on, revint avec un rameau d'olivier. Tu vois l'eau, tu vois le bois, tu aperçois la colombe, et tu doutes du mystère ?

C'est donc l'eau où la chair est plongée pour effacer tout péché de la chair. Tout forfait y est enseveli. C'est le bois auquel fut attaché le Seigneur Jésus quand il souffrit pour nous. C'est la colombe sous l'aspect de laquelle descendit l'Esprit-Saint, comme tu l'as appris dans le Nouveau Testament, c'est lui qui t'inspire la paix de l'âme, la tranquillité de l'esprit. Le corbeau est l'image du péché qui s'en va et ne revient pas, pourvu qu'en toi aussi persévèrent l'observance et l'exemple du juste.

Il y a encore un troisième témoignage, suivant l'enseignement de l'apôtre : « Nos pères furent tous sous la nuée, tous ont traversé la mer et tous ont été baptisés en Moïse dans la nuée et dans la mer ». Puis Moïse lui-même dit dans son cantique : « Tu as envoyé ton Esprit et la mer les engloutit ». Tu remarques qu'alors déjà se trouve figuré d'avance le Saint baptême dans ce passage des Hébreux où l'Égyptien périt, tandis que l'Hébreu échappa. Quel autre enseignement recevons-nous par là chaque jour, sinon que la faute est engloutie et l'erreur abolie, tandis que la piété et l'innocence demeurent intactes ?

Tu entends que nos pères furent sous la nuée, et sous une bonne nuée qui refroidit l'incendie des passions charnelles. Une bonne nuée protège ceux que l'Esprit-Saint a visités. Puis il survint sur la Vierge Marie et la puissance du Très-Haut la couvrit de son ombre quand elle enfanta la rédemption pour le genre humain. Et ce miracle a été fait en figure par Moïse.

Si donc l'Esprit-Saint fut présent en figure, ne l'est-il pas en vérité quand l'Écriture te dit : « La Loi a été donnée par Moïse, mais la grâce et la vérité sont venues par Jésus-Christ ».

Mara était une source très amère. Moïse y mit du bois et elle devint douce. L'eau en effet sans la mention de la croix du Seigneur ne sert à rien pour le salut à venir ; mais quand elle a été consacrée par le mystère de la croix salutaire, alors elle est préparée pour servir de bain spirituel et de coupe salutaire. De même donc que Moïse, c'est-à-dire le prophète, mit du bois dans cette source-là, ainsi le prêtre met dans celle-ci la mention de la croix du Seigneur, et l'eau devient douce pour la grâce.

Ne crois donc pas seulement les yeux de ton corps. On voit mieux ce qui est invisible, parce que ceci est temporel, tandis qu'on voit là ce qui est éternel, qui ne tombe pas sous les yeux, mais est vu par l'esprit et l'âme.

Reçois ensuite l'enseignement de la lecture des Rois qui vient d'être faite. Naaman était Syrien, il avait la lèpre et ne pouvait être purifié par personne. Alors une jeune captive dit qu'il y avait un prophète en Israël qui pourrait le purifier du fléau de la lèpre. Ayant pris, dit-on, de l'or et de l'argent, il s'en alla trouver le roi d'Israël. Celui-ci, apprenant la cause de sa venue, déchira ses vêtements, disant que c'était bien plutôt une épreuve, puisqu'on exigeait de lui ce qui ne dépendait pas de son pouvoir royal. Mais Elisée fit savoir au roi qu'il lui envoyât le Syrien pour qu'il sût qu'il y avait un Dieu en Israël. Et quand il fut arrivé, il lui ordonna de se plonger sept fois dans le Jourdain.

Alors celui-ci se mit à réfléchir : il avait dans son pays des eaux meilleures dans lesquelles il s'était souvent baigné sans être jamais purifié de sa lèpre. Cela le retint et il n'obéissait pas aux ordres du prophète. Cependant, sur le conseil et à l'instigation de ses serviteurs, il accepta et se baigna. Et purifié à l'instant, il comprit que la purification de chacun n'était pas le fait de l'eau, mais de la grâce.

Apprends maintenant qui est cette jeune fille d'entre les captifs : la jeune assemblée d'entre les nations, c'est-à-dire l'Église du Seigneur, humiliée auparavant par la captivité du péché, alors qu'elle ne possédait pas encore la liberté de la grâce. C'est à son conseil que ce vain peuple des nations écouta la parole prophétique dont il avait douté longtemps. Ensuite cependant, dès qu'il crut qu'il fallait obéir, il fut lavé de toute contagion des vices. Il douta, lui, avant d'être guéri. Toi, tu es déjà guéri, aussi ne dois-tu pas douter.

C'est pour cela qu'on t'a déjà dit de ne pas croire seulement ce que tu voyais, de peur que tu ne dises toi aussi : « C'est là le grand mystère que l'œil n'a pas vu ni l'oreille entendu et qui n'est pas monté au cœur de l'homme ? Je vois de l'eau que je voyais tous les jours : elles peuvent me purifier, ces eaux dans lesquelles je suis souvent descendu sans être jamais purifié ? » Apprends par là que l'eau ne purifie pas sans l'Esprit.

C'est pour cela aussi que tu as lu que trois témoins au baptême ne font qu'un : l'eau, le sang et l'Esprit.

Car si tu en retires un, il n'y a plus de sacrement du baptême. Qu'est, en effet, l'eau sans la croix du Christ ? Un élément ordinaire sans aucun effet sacramentel. Et de même, sans eau il n'y a pas de mystère de la régénération. A moins en effet d'être né de nouveau de l'eau et de l'Esprit, on ne peut entrer dans le royaume de Dieu. Le catéchumène croit, lui aussi, en la croix du Seigneur Jésus dont il est marqué ; mais s'il n'a pas été baptisé au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit, il ne peut recevoir la rémission de ses péchés ni puiser le don de la grâce spirituelle.

Donc ce Syrien se plongea sept fois dans la Loi ; toi, tu as été baptisé au nom de la Trinité. Tu as confessé le Père, — souviens-toi de ce que tu as fait, — tu as confessé le Fils, tu as confessé l'Esprit Saint. Retiens la suite des faits à cette profession de foi. Tu es mort au monde et ressuscité pour Dieu et, en quelque sorte, enseveli en même temps dans cet élément du monde, mort au péché, tu es ressuscité pour la vie éternelle. Crois donc que ce n'est pas de l'eau sans force.

C'est pour cela qu'on t'a dit : « L'ange du Seigneur descendait à certain moment dans la piscine, l'eau s'agitait, et le premier qui descendait dans la piscine après l'agitation de l'eau était guéri de n'importe quelle maladie qui le tenait ». C'est à Jérusalem que se trouvait cette piscine dans laquelle un seul était guéri chaque année, mais personne n'était guéri avant que l'ange fût descendu. Pour indiquer que l'ange était descendu, l'eau s'agitait, à cause des incroyants. Pour ceux-ci il y avait un signe, pour toi la foi. Pour ceux-là un ange descendait, pour toi c'est l'Esprit-Saint. Pour eux une créature s'agitait, pour toi le Christ, maître de la création, agit lui-même.

Alors un seul était guéri, maintenant tous sont guéris, ou plutôt un seul qui est le peuple chrétien. Car il y a aussi chez certains une eau trompeuse. Il ne guérit pas, le baptême des incroyants, il ne purifie pas, mais il souille. Le Juif baptise des vases et des coupes, comme si des êtres insensibles pouvaient recevoir la faute ou la grâce. Toi, baptise cette coupe sensible qui est la tienne : que tes bonnes œuvres y brillent, que la splendeur de ta grâce y étincelle. Ainsi donc cette piscine était aussi une figure, pour que tu croies que la puissance divine descend dans cette fontaine-ci.

Puis ce paralytique attendait un homme. Lequel sinon le Seigneur Jésus né de la Vierge ? Lors de sa venue, ce n'était plus l'ombre qui guérirait chacun à son tour, mais la vérité qui guérirait tous ensemble. C'était donc lui dont on attendait qu'il descendît, lui de qui Dieu le Père a dit à Jean-Baptiste : « Celui sur qui tu verras l'Esprit descendre du ciel et demeurer, c'est lui qui baptise dans l'Esprit-Saint ». C'est de lui que Jean a rendu témoignage en disant : « J'ai vu l'Esprit descendre du ciel comme une colombe et demeurer sur lui ». Et ici, pourquoi l'Esprit descendit-il comme une colombe, sinon pour que tu voies, pour que tu reconnaisses que cette colombe, que le juste Noé fit sortir de l'arche, avait été l'image de celle-ci, afin que tu reconnaisses l'image du sacrement ?

Peut-être pourrais-tu dire : « Ce fut une vraie colombe qui fut envoyée, ici c'est comme une colombe qui descendit. Comment disons-nous que là ce fût une image et ici la vérité, alors que, d'après les Grecs, il est écrit que l'Esprit descendit sous l'apparence d'une colombe ?» Mais qu'y a-t-il d'aussi vrai que la divinité qui demeure à jamais ? La créature, elle, ne peut être vérité, mais apparence qui s'évanouit facilement et change. En même temps, la simplicité de ceux qu'on baptise ne doit pas être en apparence, mais vraie. Aussi le Seigneur dit-il : « Soyez prudents comme des serpents et simples comme des colombes ». C'est donc à bon droit qu'il descendit comme une colombe, pour nous avertir que nous devions avoir la simplicité de la colombe. Mais nous lisons aussi qu'il faut prendre apparence dans le sens de vérité, à propos du Christ : « Et en apparence il fut trouvé comme un homme », et à propos du Père : « Vous n'avez même pas vu son apparence ».

Est-il encore possible que tu doives douter, quand le Père le proclame bien clairement dans l'évangile en disant : « C'est mon Fils en qui je me complais », quand le Fils le proclame, lui sur qui l'Esprit-Saint se montra comme une colombe, alors que l'Esprit-Saint lui aussi le proclame, lui qui descendit comme une colombe, quand David le proclame : « La voix du Seigneur sur les eaux, le Seigneur de gloire a tonné, le Seigneur sur les grandes eaux », quand l'Écriture te rend témoignage qu'à la prière de Jérobaal le feu descendit du ciel et que de nouveau, à la prière d'Elie, le feu fut envoyé et consacra le sacrifice.

Ne considère pas les mérites des personnes, mais les fonctions des prêtres. Et si tu tiens compte des mérites, de même que tu estimes Élie, tiens compte aussi des mérites de Pierre ou de Paul, qui nous ont transmis ce mystère qu'ils ont reçu du Seigneur Jésus. C'est un feu visible qui était envoyé à ceux-là pour qu'ils croient ; pour nous qui croyons, c'est un feu invisible qui agit. A ceux-là c'était pour servir de figure, à nous pour servir d'avertissement. Crois donc qu'il est présent, invoqué par la prière des prêtres, le Seigneur Jésus qui a dit : « Là où deux ou trois se trouveront, là je suis moi aussi ». A combien plus forte raison là où est l'Eglise, là où sont ses mystères, daigne-t-il accorder sa présence.

Tu es donc descendu. Rappelle-toi ce que tu as répondu : que tu crois au Père, que tu crois au Fils, que tu crois au Saint-Esprit. Tu n'as pas là : « Je crois en un plus grand, en un moins grand et en un dernier ». Mais par la même garantie de ta parole, tu es obligé à croire au Fils de la même manière que tu crois au Père, de croire au Saint-Esprit de la même manière que tu crois au Fils, avec cette seule exception que tu professes qu'il faut croire en la croix du seul Seigneur Jésus.

Après cela, n'est-ce pas, tu es monté près du prêtre. Pense à ce qui a suivi. N'est-ce pas ce que dit David : « Comme de l'onguent sur la tête, qui descend sur la barbe, sur la barbe d'Aaron ». C'est l'onguent dont parle aussi Salomon : « Ton nom est un onguent répandu, aussi les jeunes filles t'ont-elles aimé et t'ont-elles entraîné ». Combien d'âmes renouvelées aujourd'hui t'ont-elles aimé, Seigneur Jésus, en disant : « Entraîne-nous après toi, nous courons après l'odeur de tes vêtements », afin de sentir l'odeur de la résurrection ?

Comprends pourquoi cela se fait : les yeux du sage sont dans sa tête. Voici pourquoi cela coule dans sa barbe : c'est dans la grâce de la jeunesse. Pourquoi dans la barbe d'Aaron : pour que tu deviennes une race élue, sacerdotale, précieuse. Car nous sommes tous oints de la grâce spirituelle pour former le royaume de Dieu et un collège de prêtres.

Tu es remonté de la fontaine. Souviens-toi de la lecture de l'évangile. En effet Nôtre-Seigneur Jésus, dans l'évangile, lava les pieds à ses disciples. Quand il arriva à Simon-Pierre, Pierre lui dit : « Jamais tu ne me laveras les pieds ». Il ne comprit pas le mystère et, à cause de cela, refusa le service, parce qu'il croyait que l'humiliation du serviteur serait plus grande s'il tolérait sans résistance l'hommage du maître. Le Seigneur lui répondit : « Si je ne te lave les pieds, tu n'auras pas de part avec moi ». Entendant cela, Pierre : « Seigneur, dit-il, non seulement les pieds, mais encore les mains et la tête ». Le Seigneur lui répondit : « Celui qui est lavé n'a besoin que de se laver les pieds, mais il est pur tout entier ».

Pierre était pur, mais il avait à se laver les pieds, car il avait le péché qui vient de la succession du premier homme, quand le serpent le fit trébucher et l'induisit en erreur. C'est pour cela qu'on lui lave les pieds, pour enlever les péchés héréditaires. Nos propres péchés sont remis, en effet, par le baptême.

Apprends en même temps que le mystère se trouve dans le ministère même de l'humilité. Il dit en effet : « Si je vous ai lavé les pieds, moi le Seigneur et Maître, combien plus devez-vous, à votre tour vous laver les pieds l'un à l'autre ». En effet, puisque l'auteur du salut nous a rachetés par l'obéissance, combien plus devons-nous, nous ses serviteurs, offrir l'hommage de l'humilité et de l'obéissance.

Tu as ensuite reçu des vêtements blancs, pour montrer que tu as dépouillé l'enveloppe du péché et que tu as revêtu les vêtements purs de l'innocence. C'est de ceux-ci qu'a parlé le prophète : « Asperge-moi avec de l'hysope et je serai purifié, tu me laveras et je serai plus blanc que neige ». On voit en effet et d'après la Loi et d'après l'évangile, que celui qui est baptisé est purifié. Selon la Loi, car Moïse faisait l'aspersion du sang de l'agneau avec un bouquet d'hysope; selon l'évangile, car les vêtements du Christ étaient blancs comme neige quand il montra, dans l'évangile, la gloire de sa résurrection. Il devient donc plus blanc que neige celui à qui la faute est remise. Aussi le Seigneur fait-il dire par Isaïe : « Si tes péchés sont comme la pourpre, je les rendrai blancs comme neige ».

Après avoir pris ces vêtements blancs par le bain de la régénération, l'Église dit dans le Cantique : « Je suis noire et belle, filles de Jérusalem ». Noire par la fragilité de la nature humaine, belle par la grâce, noire parce que composée de pécheurs, belle par le sacrement de la foi. En voyant ces vêtements, les filles de Jérusalem disent tout étonnées : « Qui est celle-ci qui monte toute blanchie ? Elle était noire, d'où vient que maintenant elle est soudain blanchie ? »

Les anges eux aussi doutèrent quand le Christ ressuscita, les puissances des cieux doutèrent en voyant que la chair montait au ciel. Ils disaient alors : « Qui est ce roi de gloire ? » Tandis que les uns disaient : « Élevez les portes de votre prince, élevez-vous, portes éternelles et le roi de gloire entrera, » d'autres doutaient et disaient : « Qui est ce roi de gloire ? » En Isaïe aussi tu trouves que les puissances du ciel, qui doutaient, ont dit : « Qui est celui-ci qui monte d'Édom ? La rougeur de ses vêtements est de Bosor, il est beau dans sa robe blanche ».

Cependant le Christ, voyant vêtue de blanc son Église pour laquelle, comme on le trouve au livre du prophète Zacharie, il avait pris lui-même des vêtements sordides, ou bien l'âme pure et lavée par le bain de la régénération, dit : « Que tu es belle, mon amie, que tu es belle. Tes yeux sont comme ceux d'une colombe » sous l'apparence de laquelle l'Esprit-Saint descendit du ciel. Tes yeux sont beaux comme ceux d'une colombe, comme nous l'avons dit plus haut, parce qu'il descendit comme une colombe.

Et plus loin : « Tes dents sont comme un troupeau de chèvres tondues qui remontent du lavoir. Elles ont toutes des jumeaux et aucune d'elle n'est stérile. Tes lèvres sont comme un filet de pourpre ». Ce n'est pas là une maigre louange. Tout d'abord à cause de la gracieuse comparaison des chèvres tondues. Les chèvres en effet paissent sans crainte sur les montagnes, nous le savons, et elles broutent tranquillement en des lieux escarpés. Puis, quand on les tond, on les débarrasse d'un superflu. C'est à leur troupeau que l'Église est comparée, elle qui possède en elle-même les vertus de beaucoup d'âmes qui ont à déposer, par le bain, les péchés superflus, à offrir au Christ la foi au mystère et la grâce de leur conduite, à parler de la croix du Seigneur Jésus.

C'est en elles que l'Église est belle. Aussi le Verbe Dieu lui dit-il : « Tu es toute belle, mon amie, et il n'y a en toi aucun défaut, » parce que la faute a été engloutie. « Tu arrives du Liban, mon épouse, tu arrives du Liban ; tu passeras, tu parviendras dès le début de ta foi », parce que, renonçant au monde, elle a traversé le siècle, elle est parvenue au Christ. Et de nouveau le Verbe Dieu lui dit : « Que tu es devenue belle et douce, l'amour est parmi tes plaisirs. Ta taille est devenue semblable au palmier, tes seins sont des grappes ».

L'Église lui répond : « Qui fera de toi, mon frère, celui qui suçait les mamelles de ma mère ? Si je te trouve dehors je te baiserai et on ne me méprisera pas. Je te prendrai et te conduirai à la maison de ma mère, dans la chambre de celle qui m'a conçue. Tu m'instruiras ». Tu vois comment, charmée par le don des grâces, elle désire pénétrer jusqu'aux mystères cachés et consacrer au Christ tous ses sentiments ?

Elle cherche encore, elle réveille l'amour et demande qu'on le réveille pour elle aux filles de Jérusalem, c'est-à-dire aux âmes fidèles à l'aide desquelles elle désire que l'époux soit poussé à un amour plus grand d'elle-même.

Aussi le Seigneur Jésus, invité par le désir d'un si grand amour, par la beauté de sa parure et de sa grâce, puisqu'il n'y a plus chez ceux qui ont été lavés aucune souillure de fautes, dit-il à l'Église : « Place-moi comme un signe sur ton cœur, comme un sceau sur ton bras, » c'est-à-dire : « Tu es belle, mon amie, tu es toute belle, rien ne te manque. Place-moi comme un signe sur ton cœur, » pour que ta foi resplendisse dans la plénitude du sacrement. Que tes œuvres brillent aussi et qu'elles fassent voir l'image de Dieu, à l'image de qui tu as été faite. Que ton amour ne soit diminué par aucune persécution, lui que les grandes eaux ne peuvent chasser, que les fleuves ne peuvent engloutir.

Ainsi donc rappelle-toi que tu as reçu le signe spirituel, l'Esprit de sagesse et d'intelligence, l'Esprit de conseil et de force, l'Esprit de connaissance et de piété, l'Esprit de la sainte crainte, et garde ce que tu as reçu. Dieu le Père t'a marqué de son signe, le Christ Seigneur t'a confirmé et il a mis dans ton cœur le gage de l'Esprit, comme tu l'as appris par la lecture de l'apôtre.

Ainsi lavé et orné d'une riche parure, le peuple s'avance vers les autels du Christ en disant : « J'approcherai de l'autel de Dieu, de Dieu qui réjouit ma jeunesse ». Il a déposé les dépouilles de l'ancienne erreur, sa jeunesse est renouvelée comme celle de l'aigle, il se hâte d'approcher de ce banquet céleste. Il vient donc et, voyant le saint autel tout paré, il s'écrie : « Tu as préparé devant moi une table ».

C'est ce peuple que fait parler David quand il dit : « Le Seigneur me rassasie et rien ne me manquera. Il m'a placé dans un pâturage. Il m'a conduit près de l'eau qui me rétablit ». Et plus loin : « Même si je marche dans l'ombre de la mort, je ne craindrai pas le malheur, car tu es avec moi. Ton sceptre et ton bâton eux-mêmes m'ont encouragé. Tu as préparé devant moi une table en face de ceux qui m'affligent. Tu as oint ma tête d'huile, et ta coupe enivrante, qu'elle est excellente ! »

Examinons maintenant ceci, de peur que quelqu’un voyant les choses visibles, - car on ne voit pas ce qui est invisible et les yeux des hommes ne peuvent le saisir, - ne dise peut-être : « Dieu a fait pleuvoir la manne pour les Juifs, il a fait pleuvoir des cailles, tandis que pour son Église bien-aimée, voilà ce qu'il a préparé, ce dont il est dit : Ce que l'œil n'a pas vu, ni l'oreille entendu, ce qui n'est pas monté au cœur de l'homme, ce que Dieu a préparé pour ceux qui l'aiment ». Afin donc qu'on ne dise pas cela, nous voulons prouver avec grand soin que les sacrements de l'Église sont à la fois plus anciens que ceux de la Synagogue et supérieurs à la manne.

Qu'ils soient plus anciens, la lecture de la Genèse qu'on vient de faire nous l'apprend. La Synagogue, en effet, a pris naissance à la Loi de Moïse. Or Abraham est bien antérieur. Il avait vaincu ses ennemis et retrouvé son neveu et il jouissait de sa victoire. Alors Melchisédech vint au-devant de lui et offrit ce qu'Abraham reçut avec respect. Ce n'est pas Abraham qui offrit, mais Melchisédech, qui est présenté sans père ni mère, sans avoir de commencement ni de fin à ses jours, mais semblable au Fils de Dieu, dont Paul dit aux Hébreux qu'il demeure prêtre à jamais. Il est appelé roi de justice, roi de paix.

Ne reconnais-tu pas qui il est ? Un homme peut-il être roi de justice, alors qu'il est à peine juste ? Peut-il être roi de paix, quand il peut à peine être pacifique ? Il est sans mère selon sa divinité, parce qu'il a été engendré par Dieu le Père, d'une même substance avec le Père. Sans père selon son incarnation, parce qu'il est né d'une vierge. Il n'a ni commencement ni fin, parce qu'il est lui-même le commencement et la fin de tout, le premier et le dernier. Le sacrement que tu as reçu n'est donc pas don d'un homme, mais de Dieu, apporté par celui qui a béni Abraham, le père de la foi, celui dont tu admires la grâce et les actes.

Il est donc prouvé que les sacrements de l'Église sont plus anciens. Apprends maintenant qu'ils sont supérieurs. En vérité il est admirable que Dieu ait fait pleuvoir la manne pour nos pères et qu'ils aient été rassasiés chaque jour du pain du ciel. C'est pourquoi il est dit : « L'homme a mangé le pain des anges ». Pourtant ceux qui ont mangé ce pain au désert sont tous morts. Cette nourriture, au contraire, que tu reçois, ce pain vivant qui est descendu du ciel, fournit le soutien de la vie éternelle, et quiconque le mange ne mourra jamais. C'est le corps du Christ.

Examine maintenant ce qui est supérieur, le pain des anges ou la chair du Christ, qui est certes le corps qui donne la vie. Cette manne-là était du ciel, celle-ci au-dessus du ciel ; celle-là appartenait au ciel, celle-ci au maître du ciel ; celle-là était sujette à la corruption si on la gardait jusqu'au lendemain, celle-ci est étrangère à toute corruption : quiconque en goûte avec respect ne peut éprouver la corruption. Pour ceux-là l'eau coula du rocher, pour toi le sang coule du Christ. L'eau les désaltéra pour un moment, toi le sang te lave à jamais. Le Juif boit et a soif. Toi, une fois que tu auras bu, tu ne pourras plus avoir soif. Cela se passait en figure, ceci en vérité.

Si ce que tu admires n'est que l'ombre, combien grand est ce dont tu admires l'ombre même. Écoute, c'est l'ombre qui s'est manifestée aux pères : « Ils buvaient, dit-on, du rocher qui suivait ; or le rocher c'était le Christ. Mais en un bon nombre d'entre eux Dieu ne s'est pas complu, car ils furent anéantis au désert. Or cela s'est fait en figure à notre intention ». Tu as compris ce qui vaut mieux, car la lumière est préférable aux ténèbres, la vérité à la figure, le corps du créateur à la manne du ciel.

Peut-être pourrais-tu dire : « Je vois autre chose. Comment affirmes-tu que je reçois le corps du Christ ? » C'est ce qui nous reste encore à prouver. Comme ils sont donc grands les exemples dont nous nous servons ! Prouvons qu'il ne s'agit pas de ce que la nature a produit, mais de ce que la bénédiction a consacré, que la puissance de la bénédiction est plus grande que celle de la nature, puisque la bénédiction change la nature elle-même.

Moïse tenait son bâton, il le jeta devant lui, et il se changea en serpent. De nouveau il prit la queue du serpent qui revint à la nature du bâton. Tu vois donc qu'en vertu de la grâce prophétique la nature a été changée deux fois, celle du serpent et celle du bâton. Les fleuves d'Égypte faisaient couler des flots d'eau claire. Soudain du cours des sources du sang se mit à jaillir, et il n'y avait plus d'eau potable dans les fleuves. De nouveau, à la prière du prophète, le sang s'arrêta, et la nature de l'eau revint. Le peuple hébreu était encerclé de toute part : d'un côté, il était assiégé par les Égyptiens, de l'autre arrêté par la mer. Moïse leva son bâton : l'eau s'ouvrit et se durcit comme des murailles, et un chemin où l'on pouvait marcher apparut entre les flots. Le Jourdain, contrairement à sa nature, remonta vers la source où il prend naissance. N'est-il pas évident que la nature des flots de la mer ou du cours des fleuves a été changée ?

Le peuple des pères avait soif. Moïse toucha le rocher (de son bâton), et l'eau coula du rocher. Est-ce que la grâce n'a pas agi d'une manière supérieure à la nature, pour que le rocher vomît de l'eau que ne possédait pas sa nature ? Mara était un fleuve très amer, si bien que le peuple altéré ne pouvait en boire. Moïse mit du bois dans l'eau, et la nature des eaux perdit son amertume que la grâce répandue calma subitement. Sous le prophète Élisée, il arriva à un fils de prophète que le fer se détacha de sa cognée et coula. Celui qui avait perdu le fer pria Élisée. Élisée mit aussi le bois dans l'eau, et le fer revint à la surface. Oui, cela se fit aussi, nous le savons, d'une manière supérieure à la nature, car le fer est naturellement plus lourd que le liquide qu'est l'eau.

Nous constatons donc que la grâce a une plus grande puissance que la nature, et cependant nous mesurons encore la grâce de la bénédiction prophétique. Si la bénédiction d'un homme a eu une puissance assez grande pour changer la nature, que dirons-nous de la consécration faite par Dieu même, alors que ce sont les paroles mêmes du Sauveur qui agissent ? Car ce sacrement que tu reçois est produit par la parole du Christ. Si la parole d'Elie a eu tant de puissance qu'elle a fait descendre le feu du ciel, la parole du Christ n'aura-t-elle pas la puissance de changer la nature des éléments ? Tu as lu, à propos des œuvres de l'univers entier : « Il a dit et ce fut fait, il a ordonné et cela fut créé ». La parole du Christ, qui a pu faire de rien ce qui n'était pas, ne peut-elle donc pas changer les choses qui sont en ce qu'elles n'étaient pas ? Car il n'est pas moins difficile de donner aux choses une nouvelle nature que de changer cette nature.

Mais pourquoi nous servir d'arguments ? Servons-nous de ses exemples et établissons la vérité du mystère de l'incarnation. Est-ce que le cours ordinaire de la nature précéda la naissance du Seigneur Jésus de Marie ? Si nous cherchons l'ordre de la nature, la femme a l'habitude d'enfanter après des relations avec un homme. Il est donc évident que la Vierge a enfanté hors du cours de la nature. Eh bien, ce que nous produisons, c'est le corps né de la Vierge. Pourquoi chercher ici l'ordre de la nature dans le corps du Christ, alors que le Seigneur Jésus lui-même a été enfanté par une Vierge en dehors du cours de la nature ? C'est la vraie chair du Christ qui a été crucifiée, qui a été ensevelie. C'est donc vraiment le sacrement de sa chair.

Le Seigneur Jésus lui-même le proclame : « Ceci est mon corps ». Avant la bénédiction par les paroles célestes, on l'appelle d'un autre nom ; après la consécration, c'est le corps qui est désigné. Lui-même dit que c'est son sang. Avant la consécration, on l'appelle autrement ; après la consécration, on l'appelle le sang. Et tu dis : « Amen », c'est-à-dire : « C'est vrai ». Ce que prononce la bouche, que l'esprit le reconnaisse. Ce qu'exprimé la parole, que notre cœur le ressente.

C'est donc par ces sacrements que le Christ nourrit son Église, par eux sont affermies les ressources de l'âme, et c'est à bon droit que, voyant ses progrès constants dans la grâce, il lui dit : « Que tes seins sont beaux, ma sœur, mon épouse, qu'ils sont plus beaux que le vin, et comme l'odeur de tes vêtements dépasse celle de tous les parfums. Tes lèvres sont comme un rayon de miel qui coule. Il y a du miel et du lait sous ta langue, et l'odeur de tes vêtements est comme l'odeur du Liban. Tu es un jardin clos, ma sœur, mon épouse, un jardin clos, une fontaine scellée ». II signifie par là que le mystère doit être scellé chez toi, qu'il ne soit pas violé par les œuvres d'une vie mauvaise, ni par la perte de la chasteté, qu'il ne soit pas divulgué à ceux à qui cela ne convient pas, qu'il ne soit pas répandu parmi les incroyants par un vain bavardage. Tu dois bien garder ta foi, afin que demeurent inviolés ta vie et ton silence.

C'est pour cela aussi que l'Église, respectant la profondeur des mystères célestes, rejette loin d'elle les violentes tempêtes de vents et appelle la douceur de la grâce du printemps et, sachant que son jardin ne peut déplaire au Christ, elle appelle l'époux en disant : « Lève-toi, aquilon, viens, souffle dans mon jardin, vent du sud, et que mes parfums se répandent. Que mon frère descende dans son jardin et qu'il mange le fruit de ses arbres fruitiers. » Car il a de bons arbres qui portent des fruits, qui ont plongé leurs racines dans le cours de la fontaine sacrée, et qui ont bourgeonné avec une fécondité inconnue, pour produire de bons fruits, afin de ne plus être coupés par la cognée prophétique, mais d'être fécondés par l'abondance de l'évangile.

Puis le Seigneur, réjoui lui aussi de leur fertilité, répond : « J'ai pénétré dans mon jardin, ma sœur, mon épouse, j'ai récolté la myrrhe avec mes parfums, j'ai mangé ma nourriture avec mon miel, j'ai bu ma boisson avec mon lait ». Pourquoi parle-t-il de nourriture et de boisson ? Toi qui as la foi, comprends. Il n'est pas douteux que c'est en nous qu'il mange et qu'il boit, de même que tu as lu que c'est en nous qu'il se dit en prison.

Aussi l'Église, à son tour, voyant une telle grâce, exhorte ses fils, exhorte ses proches à accourir ensemble aux sacrements, en disant : « Mangez, mes amis, buvez et enivrez-vous, mes frères ». Ce que nous avons à manger, ce que nous avons à boire, l'Esprit l'a exprimé ailleurs par les prophètes en disant : « Goûtez et voyez que le Seigneur est bon. Bienheureux l'homme qui espère en lui ». Le Christ est dans ce sacrement, parce que c'est le corps du Christ. Ce n'est donc pas une nourriture corporelle, mais spirituelle. Aussi l'apôtre a-t-il dit de son image : « Nos pères ont mangé une nourriture spirituelle, ils ont bu une boisson spirituelle ». Car le corps de Dieu est un corps spirituel, le corps du Christ est le corps de l'Esprit divin, parce que le Christ est Esprit, comme nous le lisons : « Le Christ Seigneur est Esprit en face de nous ». Et dans l'épître de Pierre nous trouvons : « Le Christ est mort pour nous ». Enfin, cette nourriture affermit notre cœur et cette boisson réjouit le cœur de l'homme, comme l'a rappelé le prophète.

Ainsi donc, après avoir tout reçu, nous savons que nous avons été régénérés. Et ne dirons-nous pas aussi comment nous avons été régénérés ? Est-ce que nous sommes entrés dans le sein de notre mère et nés de nouveau ? Je ne reconnais pas là le cours de la nature. Mais il n'y a pas d'ordre de la nature ici où se trouve l'excellence de la grâce. Puis ce n'est pas toujours le cours habituel de la nature qui produit la génération. Nous professons que le Christ Seigneur a été engendré d'une vierge et nous nions l'ordre de la nature. Car Marie n'engendra pas d'un homme, mais elle fut enceinte de l'Esprit-Saint, comme le dit Matthieu : « Elle se trouva enceinte par l'Esprit-Saint ». Si donc l'Esprit-Saint survenant dans une vierge a produit la conception et accompli l'œuvre de la génération, il ne doit pas y avoir de doute que, survenant dans la fontaine ou sur ceux qui se présentent au baptême, il ne produise vraiment la régénération. 

Par Olivier Rolland - Publié dans : Textes de grands auteurs
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Vendredi 29 janvier 2010 5 29 /01 /Jan /2010 08:16

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Seigneur Jésus,
toi dont la croix demeure dressée vers le ciel
alors que le monde tourne (cf. la devise des Chartreux : Stat Crux dum volvitur orbis),
viens en aide à l'humanité d'aujourd'hui
qui avance au milieu d'un champ de ruines
et qui se cherche indéfiniment des sauveurs.
Ils passent à côté de toi sans même s'arrêter.
Ils n'ont pas compris
ou ne savent pas que
c'est toi "le Sauveur du monde" (Jn 4,42).
Viens en aide à tous ceux qui souffrent :
que dans leur épreuve, ils se tournent vers toi,
dans la confiance.
Viens en aide à ceux qui n'ont plus d'espérance :
envoie-leur de tes serviteurs qui les aident et les relèvent.
Viens surtout en aide à ceux qui ne vivent que pour cette terre,
pour ce temps limité que nous passons ici-bas,
et qui dépensent leurs forces et leur intelligence
seulement pour eux-mêmes :
Viens leur montrer comment l'homme ne s'accomplit
que dans le don de soi, au-delà de soi,
et que sans toi, il ne peut rien.
Tu es le Rocher sur lequel nous pouvons compter.
Manifeste aujourd'hui ta puissance
qui peut venir à bout de la dureté du coeur,
de l'égoïsme et de l'indifférence,
et surtout viens libérer les hommes
du venin du doute et de la séduction du mal.
Merci Seigneur pour la victoire de ton Amour
qui nous est définitivement acquise
et sur laquelle nous pouvons construire notre vie.


Par Olivier Rolland
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